3. Rester actif sans se blesser

 

Jusqu’à très récemment, lorsque les gens subissaient des blessures au travail ou dans des accidents de la route, ils étaient immédiatement retirés du lieu de travail et devaient se reposer jusqu’à ce qu’ils aillent mieux.  Bien que cette approche semblait intuitivement sensée, Sullivan et ses collaborateurs (2003, 2005) rapportent que c’est la pire chose à faire.  Le repos et l’inactivité prolongeront en réalité la période d’incapacité associée à la blessure.

 

Comment est-ce possible ?  Regardons cela de plus près.

 

Pour les individus qui ont de la douleur en raison d’une blessure.

 

Les blessures des tissus mous affectent les muscles, les tendons ou les ligaments.  Ce type de blessure peut se produire sur le lieu de travail après avoir soulevé un objet, fait un mouvement de torsion ou en tombant accidentellement.  Les individus qui doivent soulever fréquemment des objets courent un risque plus élevé d’avoir des blessures professionnelles de ce type.

 

Les blessures des tissus mous peuvent aussi se produire lors d’accidents de la route lorsque le corps est exposé à des forces soudaines d’impact.  Particulièrement dans le cas de collisions où l’arrière du véhicule est embouti.  La tête peut être projetée vers l’arrière et l’avant causant un étirement et des contusions des tissus du cou et des épaules.

 

Les traitements les plus communs actuellement pour les blessures des tissus mous impliquent la prescription de médicaments pour réduire l’inflammation et la douleur et une certaine forme de traitement de mobilisation par l’activité.  Les blessures des tissus mous guérissent en réalité plus rapidement si les tissus sont en mouvement.  Si les tissus mous sont immobilisés, le rétablissement sera plus long et plus compliqué.  Ceci s’applique aux blessures des tissus mous subies au travail et dans un accident de la route.  Les médecins prescriront souvent l’exercice et l’activité pour aider la guérison des blessures des tissus mous.  Nous savons maintenant que le corps se rétablit beaucoup plus rapidement d’une blessure des tissus mous si les muscles sont stimulés tôt après la blessure initiale.

 

Lorsque nous nous blessons, nous avons une tendance naturelle à vouloir protéger notre corps contre de nouvelles lésions.  Tandis qu’une certaine réduction de l’activité après une blessure est normale, se reposer pour une durée prolongée ralentira le rétablissement.

 

Rester actif et en forme sera le meilleur remède durant votre réadaptation.  L’inactivité cause l’ankylose des muscles.  Nos muscles ont besoin du mouvement pour rester en forme.  Ainsi, lorsque nous permettons à nos muscles de se reposer pendant une durée prolongée, ils raidissent et deviennent ankylosés très rapidement.  Plus nous restons inactifs, plus nous devenons ankylosés et plus le retour à nos activités régulières sera difficile.

 

Regardons comment les athlètes blessés se remettent de leurs blessures.  Lorsque les athlètes souffrent d’une blessure des tissus mous, ils peuvent être exclus des compétitions importantes mais ils continuent de s’entraîner pour prévenir l’ankylose.  Ils peuvent encore éprouver de la douleur pendant l’activité mais ils savent aussi qu’ils doivent rester actifs pour accélérer leur rétablissement.  Tenter de rester actif malgré la douleur est probablement le plus grand défi auquel vous ferez face durant la réadaptation.

 

Pour les individus qui ont de la douleur en raison d’une maladie.

 

Il y a plusieurs problèmes de santé associés à la douleur.  Les deux plus communs sont la polyarthrite rhumatoïde et l’ostéoarthrite.  Ce sont des maladies où certains tissus du corps commencent à s’altérer causant une douleur considérable et une incapacité.  Une fois que les articulations deviennent très altérées, les individus commencent habituellement à avoir de la difficulté à accomplir même les tâches les plus faciles.  D’autres états de santé associés à la douleur sont la sclérose en plaques, la maladie de Crohn, la fibromyalgie, le diabète et le cancer pour n’en nommer que quelques-uns.

 

Quelque soit la cause de la douleur, le résultat est souvent le même.  Lorsque les gens souffrent, ils ont tendance à cesser l’activité.  Bien que la réduction de l’activité puisse sembler l’attitude la plus sensé à adopter lorsque l’on soufre, nous savons maintenant que la réduction de l’activité accélère en réalité la progression de plusieurs maladies.  Les gens qui tentent de maintenir un niveau d’activité sain peuvent en réalité ralentir et même parfois inverser la progression de leur maladie. 

 

Contrairement à la douleur aiguë, la douleur persistante dure longtemps.  La douleur peut durer pendant des années.  La douleur peut même persister lorsque notre blessure initiale semble guérie.

 

Si vous attendez que votre douleur disparaisse avant de reprendre vos activités,  vous attendrez peut-être longtemps.  Et si vous attendez longtemps avant de reprendre vos activités, vous pouvez laisser passer des opportunités importantes qui faciliteront votre réadaptation.  Si vous laissez vos muscles s’ankyloser, la réadaptation sera beaucoup plus compliquée et beaucoup plus difficile. 

 

Dans la mesure du possible, rester actif malgré la douleur.  Ne laissez pas votre douleur contrôler votre vie.  Rappelez-vous que l’activité physique réduira la douleur que vous éprouverez à long terme.  Si vous restez actif malgré votre douleur, vous réduirez aussi l’incapacité causée par votre douleur. 

 

 

La marche est un exercice fortement conseiller.  Les activités de la vie quotidienne peuvent faire bouger votre corps de façon à éviter l’incapacité.

 

·          Exemple :         Préparation et cuisson des repas

§          Faire le(s) lit(s)

§          Aller faire l’épicerie

§          Ranger l’épicerie

§          Arroser les plantes d’intérieur

§          Charger/décharger le lave-vaisselle

§          Charger/décharger la laveuse/sécheuse

§          Épousseter

§          Nettoyer la maison

§          Balayer

§          Nettoyer le réfrigérateur

§          Laver les fenêtres

§          Déposer les ordures au bord de l’entrée

§          Passer l’aspirateur

§          Donner de l’attention, s’occuper et jouer avec les enfants

§          Allumer un feu dans le foyer

§          Réarranger les décorations murales

§          Décorer l’intérieur/l’extérieur pour une fête ou un événement

§          Ratisser les feuilles

§          Changer l’huile d’un véhicule

§          Faire les réparations de l’automobile

§          Peindre la maison/garage

§          Nettoyer/Organiser le garage

§          Tailler les haies

§          Laver la voiture à la main

§          Tondre le gazon

§          Pelleter la neige

§          Empiler ou couper du bois

§          Participer à des travaux communautaires (bénévolat)

§          Faire de la randonnée pédestre

§          Menuiserie

§          Jardiner, planter, désherber, arroser

§          Participer à une activité sportive (chasse, pêche, ski, patinage, natation, soccer, curling, golf, etc)

§          Chasser/patiner/faire du canotage/jouer à un sport tel que le soccer, le frisbee, le tennis, le volley-ball, le curling

§          Faire de la motoneige

§          Jouer de la guitare (ou un autre instrument de musique)

§          Faire du camping

§          Faire de la bicyclette

§          Danser

§          Marcher

Ces activités peuvent être de courte durée.  Elles peuvent être fragmentées en étapes.  Elles peuvent être introduites dans le quotidien partie par partie.  Assurez-vous auprès de votre médecin que l’activité n’est pas contre indiquée dans votre cas. 


Mes petits bonheurs

 

Inscrivez chaque jour à la fin de votre journée trois petits bonheurs que vous avez vécus au cours de la journée.  Cela entraîne notre cerveau à remarquer les petits moments agréables quotidiens.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Attention au cycle Douleur, repos-inactivité, bien-être, activité excessive

 

Utilisez votre cerveau pour planifier vos activités plutôt que de vous rendre jusqu’à ce que la douleur soit intolérable.

 

Plutôt que d’exagérer en entreprenant des activités au-delà de vos capacités, planifier un période plus courte d’activité. 

 

Ne laissez pas un entourage surprotecteur vous immobiliser.  Rassurez les gens en évitant de vous  mettre en danger.

 

Mesurer le temps que vous pouvez consacrer à une activité spécifique avant que la douleur s’aggrave de façon significative.  Prenez plusieurs mesures pour obtenir une moyenne.  Le physiothérapeute Jonathan Blood Smyth suggère d’enlever 20% de cette durée.  Il s’agit donc de prendre 80% de ce temps.  Si vous pouvez faire cette activité trente minutes avant que la douleur s’aggrave de façon significative, consacrez y 24 minutes.

 

Planifiez cette activité et consacrez y la durée prévue.  Au besoin faites sonner un cadran pour vous signaler que c’est le temps d’arrêter.  À la fin de cette période, éloignez-vous de la tâche et reposez-vous ou faites une activité qui ne sollicite pas les mêmes muscles, qui ne vous mets pas dans la même position.  Naturellement vous allez avoir l’impression qu’il faut finir ce que l’on a commencé, que cela va prendre trop de temps…  Mais rappelez-vous le temps que vous devez consacrer à la récupération des excès antérieurs.  Donnez-vous le défi d’apprendre à faire les choses différemment.  Il vaut mieux plusieurs petites périodes d’activités que de longues périodes de récupération suite aux excès.

 

Cet auteur suggère une période de repos (ou de changement d’activité) au moins du double de la durée de l’activité.  Si vous avez tondu la pelouse pendant 24 minutes, il suggère un repos (ou une autre activité) de 48 minutes. 

 

Se pousser au-delà de ses capacités, c’est se pousser vers un plus grand handicap. 

 

Accepter que vous n’êtes plus comme vous étiez avant de vivre avec une douleur chronique.  Cela peut prendre un bout de temps avant que vous réussissiez à convaincre votre esprit que vous n’avez plus le corps de vos vingt ans. 

 

Une fois que vous êtes à l’aide avec la durée que vous vous êtes fixé, planifiez une augmentation progressive de l’activité.  Attention ! Encore une fois, il ne s’agit pas de poursuivre l’activité jusqu’à ce que la douleur vous force à arrêter.  Ne vous fiez pas à vos émotions ou à votre enthousiasme.  Avant d’augmenter la durée de l’activité, planifiez une augmentation d’environ 10%.  Utilisez cette nouvelle durée comme base de votre activité jusqu’à ce que vous vous sentiez à l’aise et en contrôle.

 


Le but, c’est de passer de cette situation décourageante :

 

 

 

 

 

 

 

À une situation plus saine :

 

 

Blood Smyth, Jonathan(2005).  Secrets of Pacing.  http://www.thephysiotherapysite.co.uk, consulté le 17 novembre 2005. 

Sullivan, M. (2003).  Introduction: Emerging Trends in Secondary Prevention of Back Pain Disability.  The Clinical Journal of Pain, 19, 77–79.

Sullivan, M. J. L. et Stanish, W. D. (2003).  Psychologically Based Occupational Rehabilitation:The Pain-Disability Prevention Program.  The Clinical Journal of Pain.  19, 97–104.

Sullivan, M. J. L., Feuerstein, M., Gatchel, R., Linton, S. J. et Pransky, G.  Integrating Psychosocial and Behavioral Interventions to Achieve Optimal Rehabilitation Outcomes.  Journal of Occupational Rehabilitation, Vol. 15, No. 4, December 2005, 475-489.

Sullivan, M. J. L., Ward, L.C. , Tripp, D., French, D., French, J., Adams, H. et Stanish, W. D.  Secondary Prevention ofWork Disability: Community-Based Psychosocial Intervention for Musculoskeletal Disorders. Journal of Occupational Rehabilitation, Vol. 15, No. 3, September 2005, 377-392.

 

 


Retour à la page d'accueil


L'accueil · La dépression · La solitude · Le suicide · L'anxiété · Le stress · La colère · La douleur · Vieillir · Vivre avec un malade · La timidité · Surmonter la fatigue persistante · La motivation · Le bonheur · Une définition de la santé mentale · Réussir sa vie de couple · Vivre à plein · Intervenir en santé mentale · La fatigue normale de l'intervenant · Enseigner · Les émotions · La relaxation · Les médecins · L'humour· Interdisciplinarité· L'alcoolisme · Activités agréables · L'équipe· Des liens · Des articles · Des livres

Psychologue en milieu hospitalier depuis plus de 35 ans, Bruno Fortin s'intéresse particulièrement aux stratégies d'adaptation face aux situations stressantes de la vie. Il a une vaste expérience d'enseignant et d'animateur d'ateliers. Il est l'auteur et le coauteur de nombreux ouvrages dont Comment améliorer votre médecin? aux Éditions Fides.




Pour me faire parvenir vos commentaires et suggestions: gestiondustress@videotron.ca


Janvier 2017, © Bruno Fortin, psychologue. Tous droits réservés.