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Intervenir en santé mentale.


Intervenir en santé mentale.


Au delà des guerres d'écoles de pensées, les intervenants en santé mentale d'expérience finissent souvent par utiliser des stratégies communes pour aider les gens. Nos clients n'ont pas suivies de cours leur apprenant comment être un client de telle ou telle école. Leur humanité nous confronte à la réalité. Comment intervenir en santé mentale? Comment toucher le coeur et l'esprit des gens? Voyons quelques suggestions tirées du livre Intervenir en santé mentale.



  1. Établissez un lien avec la personne et la mettez-la suffisamment à l'aise pour qu'elle puisse collaborer avec vous.

    Un long silence ne suffit pas. L'intervenant aura à se présenter, à être attentif et disponible dans le contexte d'un lieu permettant la confidentialité où il ne sera pas interrompu. C'est à l'intervenant à s'ajuster au rythme et au niveau de langage du client. C'est souvent en écoutant que nous faciliterons l'expression des émotions, des souhaits, des intentions positives et des efforts fournis.

  2. Identifiez la souffrance et faites preuve de compassion

    Le client a besoin d'exprimer ce qui le préoccupe, ce qui l'amène à consulter maintenant. Pour établir un lien avec l'intervenant, il aura besoin d'exprimer ce qu'il considère important pour que l'on comprenne l'évolution de son problème, le sens qu'il lui donne ainsi que son explication personnelle quant aux causes de ce qu'il vit.

  3. Déterminez un objectif ou un but aux rencontres.

    En exprimant ce qu'il souhaite obtenir des rencontres dès le début, le client mobilise son énergie dans une direction positive. En s'interrogeant sur ce qui lui permettra de savoir que l'intervention a été efficace et sur les critères qui permettront de déterminer qu'elle n'est plus nécessaire, il intègre l'idée que l'intervenant en santé mentale ne sera pas toujours là. Il se responsabilise quant à la prise en charge du reste de sa vie.

    En fragmentant le chemin à parcourir en plusieurs étapes, en fixant des buts intermédiaires et en déterminant ce qui serait une première étape, l'intervenant favorise l'établissement d'attentes réalistes. Nous chercherons un objectif aussi concret et réaliste que possible, en accord avec les buts personnels de la personne. Nous souhaitons que le client comprenne de quelle façon ses efforts le rapprochent de son but.

  4. Communiquez votre compréhension et votre désir d'aider.

    Dire que l'on comprend ne suffit pas. Le patient se sentira compris si l'on peut formuler notre perception de la nature du problème. Tout en soulignant que tous les problèmes ne seront pas réglés immédiatement, comme par magie, l'intervenant suscite l'espoir en suggérant une démarche dans la direction désirée.

  5. Clarifiez votre rôle, votre disponibilité et le mandat associé au contexte dans lequel vous travaillez.

    En précisant comment vous pouvez aider ce client, vous établissez des balises sécurisantes qui lui permettront d'avoir des attentes réalistes à votre égard. Plus le client comprendra votre façon de travailler, plus il pourra collaborer en sachant ce que vous attendez de lui.

    Au besoin, clarifiez les règles · Demandez le respect des limites · Responsabilisez. Agissez d'une façon responsable en respectant les règles de la morale, de la déontologie et de l'éthique.

  6. Nuancez les idées, les pensées et les croyances.

    Observez attentivement le mode de pensée de la personne que vous aidez. Invitez-la à se poser des questions fécondes. Comparez les efforts à fournir avec les ressources disponibles · Évaluez les risques réels associés au changement et les avantages anticipés. Invitez-la à se faire des commentaires utiles et se donner des directives efficaces.

  7. Faites place aux émotions puis remettez les émotions à leur place.

    Certaines personnes n'ont pas accès à leur émotions. L'intervenant en santé mentale les aidera à faire plus de place aux émotions dans leur vie. D'autres sont continuellement submergées par leurs émotions. Elles atteignent une durée, une fréquence et une intensité telles qu'elles les paralysent ou les rendent inefficaces. L'intervenant en santé mentale les aidera à remettre leurs émotions à leur place pour retrouver l'accès à leur capacité de raisonner et de faire des plans.

  8. Amenez votre client à satisfaire ses besoins.

    Notre histoire personnelle nous façonne. Elle nous aide à donner un sens à notre expérience. Il n'est pas toujours nécessaire d'y puiser abondamment. Certains problèmes se règlent par un enrichissement du présent: apprendre à s'affirmer, à résoudre des problèmes, à mieux communiquer, à se détendre et à mieux prendre soin de soi. Une vie satisfaisante soigne bien des blessures. L'importance que l'on accordera au passé dépendra de son poids dans la balance du présent.

    L'intervenant en santé mentale n'est pas là pour satisfaire les besoins personnels du client. Cela créerait une relation de dépendance où l'intervenant devient un "ami payé". L'intervenant est plutôt là pour explorer avec lui comment il peut aller satisfaire ses besoins auprès des gens de son entourage.

  9. Tenez compte du contexte de vie du client.

    Encouragez votre client à maintenir et à agrandir son réseau social. Prenez soin de vérifier si votre client est déjà sous les soins d'un autre intervenant et évitez de saboter le plan de traitement déjà en place. Créer des liens avec les ressources de la communauté. Collaborer au besoin avec les familles et les autres aidants. Soutenez la personne au niveau de la négociation et de la défense de ses droits.

  10. Suivez l'évolution de la situation.

    Prenez le temps d'évaluer à nouveau la nature du problème. Il peut avoir changé. Il peut être résolu. Le véritable but des rencontres peut être devenu plus clair. Vous pouvez également constater l'inutilité de votre intervention et y mettre fin. Reconnaissons humblement les limites de nos capacités.

L'intervenant en santé mentale est son propre outil de travail. Il importe donc qu'il se connaisse le mieux possible. Cela lui apprendra à s'utiliser plus efficacement, à mieux planifier son développement et à éviter d'aller au-delà de ses compétences. La connaissance de soi permet en effet de connaître ses limites. Elle permet également de connaître son idéal et de réviser ses critères d'évaluation afin d'éviter de se demander l'impossible.

L'intervenant en santé mentale a-t-il le droit de prendre des vacances alors que certains de ses clients menacent de s'ouvrir les veines ou de faire une grève de la faim? Il est parfois prioritaire de prendre soin de soi-même, sans quoi il deviendra impossible de faire quoi que ce soit. Nul ne peut être disponible en tout temps. Ce n'est ni souhaitable ni nécessaire.

En déterminant ses limites, on responsabilise le client et on le laisse libre d'utiliser d'autres ressources. S'il ne prend pas soin de lui-même, l'intervenant risque l'épuisement. Il vaut donc mieux établir un réseau de support constitué de personnes fiables, compétentes et disponibles.

Fortin, B. (1997). Intervenir en santé mentale. Montréal: Fides.



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Psychologue en milieu hospitalier depuis plus de 35 ans, Bruno Fortin s'intéresse particulièrement aux stratégies d'adaptation face aux situations stressantes de la vie. Il a une vaste expérience d'enseignant et d'animateur d'ateliers. Il est l'auteur et le coauteur de nombreux ouvrages dont Comment améliorer votre médecin? aux Éditions Fides.




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Janvier 2017, © Bruno Fortin, psychologue. Tous droits réservés.